Je réalise des films documentaires sur la manière dont les choses se transmettent. Une vendange dans le Douro, ma grand-mère décrivant son mariage, un groupe folklorique répétant près de Paris, une compagnie de théâtre bilingue quarante ans sur scène. Ce qui m’attire, c’est ce que les gens continuent de faire quand personne ne le leur demande, et ce qui, en silence, change dans ce maintien.
Filmer seule est au cœur de ma pratique depuis mon premier court métrage, en 2015. Une petite caméra me permet de me fondre dans une pièce et de devenir presque invisible. Je la tiens à hauteur des mains, des visages, à hauteur de ce qui travaille. Rester des mois plutôt que des heures, voilà ce qui ouvre les moments qu’un entretien n’atteint jamais.